“Vous êtes bien jeune, et pour vivre là où vous allez, (une base-vie dans le désert irakien… ) vous avez intérêt à avoir une vie intérieure très riche ! ».
Voilà comment je fus reçue à Bagdad, au lendemain de notre mariage, par un copain belge aux allures de baroudeur .
Je ne suis pas devenue une aventurière en treillis et chapeau mou…. J’ai simplement posé mes bagages et observé la lumière un peu crue, mais parfois si douce de la Mésopotamie. Nous nous sommes assis au bord de l’Euphrate au coucher du soleil quand le teuf-teuf des pompes à eau troublait seuls le cours lent du fleuve. Nous avons arrêté le moteur de la voiture et laissé bourdonner le silence à nos oreilles au beau milieu d’un désert de roches, d’oueds, et d’ombres mêlées à une clarté si particulière, où le bruit de nos pas résonnait étrangement . Nous avons vécu au milieu des grues et de la poussière. Nous avons arpenté des villes de contes : Bagdad, Alep, Damas, Le Caire… bruissantes, odorantes, ocres et parfumées…
Nous avons eu trois enfants. Nous les avons baladés de déserts en sites antiques… de palmeraies en plages inédites. J’ai fait et défait nombre de bagages, sacs, valises, cantines.
J’ai dévoré des livres par centaines, j’ai écouté Barbara en boucle. J’ai participé/organisé des dîners, des pique-niques, des après-midi piscine/copines, des goûters, des bibliothèques improvisées.
Nous avons échangé de nombreuses lettres avec nos parents restés à quai.
Nous avons rencontré ceux qui sont devenus des amis, ceux que nous avons perdus de vue, ceux dont nous avons oublié le visage, ceux de qui nous restent seulement un accent, un regard ou une carte-postale…
Et ma vie intérieure s’est ainsi remplie de la vie des autres et de la mélopée du muezzin ….
Ces photos-ci pour rappeler et le ciel teinté delavande, et l’ocre nouveau des années 2000 au bord du Golfe Persique.
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